2012-07-23

Le ruissellement numérique



Nous rencontrons de nombreuses variantes du mythe aquatique originel du web, qui se métaphorise en ruissellement, flux, cultures numériques « liquides », et même en flots océaniques originels de la création du monde. Nous sommes dans le numérique comme des poissons dans l'eau, tantôt chaude, tantôt froide, tantôt polluée, tantôt cristalline, tantôt poisseuse, tantôt nourricière, tantôt agitée, tantôt sereine, qui peut geler ou s'évaporer. Et nous-mêmes, les poissons, nous y sommes nombreux et divers, gros et petits, solitaires ou grégaires, prédateurs ou victimes, bigarrés ou invisibles, beaux et laids, rapides ou lents, ludiques ou immobiles, lubriques ou apathiques, lisses ou hérissés, intelligents ou stupides, vieux sages ou ingénu fretin. Et nous nous côtoyons sans toujours respecter les bonnes mœurs, calculateurs, compétitifs, agressifs, pervers, sentimentaux, ambitieux, vaniteux ou distants. Mais tous, nous tentons d'y survivre et d'y trouver notre pitance, ou nous rêvons d'eau paradisiaque, équitable, utopique, frôlant le désir sans cesse sans pouvoir l’attraper. L'eau numérique n'est pas de l'eau bénite. Elle est vite obscure en profondeur.
Nous usons souvent de métaphores aquatiques pour évoquer le surf sur la toile océanique, ou les profondeurs du web caché. Nous naviguons sur l’internet. Nous piratons des fichiers. Il est vrai que les flux numériques sont envahissants et puissants. Comme l’eau, ils se répandent, inondent le réel, traversent les frontières, et fécondent même les dunes de sable des Émirats arabes unis, où numéraire et numérique fusionnent dans des cités du multimédia innovatrices.
En 2012, au Palais des congrès de Montréal, lors de la WCIT (World Conference on Information Technology), l’un des grands congrès mondiaux sur les technologies de l'information, c’est avec une « rivière numérique » que les organisateurs ont accueilli les visiteurs et invité à s’y baigner leurs invités de marque, tels Carlos Slim, magnat mexicain des télécommunications qui trône au premier rang des hommes les plus riches de la planète, Justin Rattner, directeur de la technologie de l'information chez Intel, Robert Youngjohns, président de Microsoft pour l'Amérique du Nord, Don Tapscott, célèbre gourou des TI et l'animateur de télévision américain Larry King.   On avait même mis des roches pour traverser cette rivière constituée d’un flot de 0 et de 1 projetés sur le sol et encadrés de photographies de paysages canadiens. Et grâce à la réalité augmentée, les participants qui pointaient leur téléphone intelligent vers cette rivière voyaient défiler sur leur écran des noms d'entreprises canadiennes actives en technologies de l'information.
Les flots de pixels bigarrés qui coulent sans cesse des robinets de la communication nous submergent quotidiennement. Je ne parlerai pas encore d’un déluge, mais nous sommes confrontés à un ruissellement numérique incessant, qui ramollit le réel, ou l’entraîne, et nous avec lui, vers des deltas incertains. Je ne pense pas ici seulement aux médias de masse, mais aussi aux arts dits numériques, dont les images ont désormais la fluidité insaisissable d’un fleuve qui nous noie. Nous ne pouvons plus même y naviguer et nous y orienter. Ces flots d’images interchangeables, transparentes, qui se mêlent comme les masses d’eau d’un torrent impétueux, perdent souvent toute existence réelle et tournent vertigineusement, indistinctement dans les siphons cathodiques de nos écrans.
Le mouvement et la vitesse détruisent les images. Nous ne sommes plus dans la société de l’image, mais dans celle des flots chromatiques. Il suffit de tenter de suivre du regard l’histoire et les images d’un vidéo clip, pour prendre conscience de notre impuissance face à ce débordement stochastique de pixels. Guimauve numérique? Chaos irisé? En tout cas, plus d’image. Le rythme les cannibalise, et c’est leur seul message, car les flux cannibalisent le sens, et nous avec elles, si nous n’y prenons garde, dans un massage émotif qui frise l’obscurantisme.
L’interactivité éventuelle que des artistes multimédia leur imposent ne fait qu’ajouter au divertissement ou à la performance d’effets spéciaux écraniques ou rétiniens qu’il est vain de vouloir ralentir, ordonner ou interpréter.
Je suis de ceux qui résistent et suggèrent de redécouvrir les vertus iconiques de l’arrêt sur image. Je ne suis pas prêt à renoncer à l’image au nom de la vitesse. Face au flot chaotique des impressions que captent nos sens, la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, notre cerveau a appris au cours des millénaires à distinguer des formes, les séparer du fond confus dans le quel elles circulent, à les construire, les structurer, les catégoriser, les lire et leur donner un sens. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas seulement d’ordre culturel. C’est un comportement biologique, que nous partageons avec les animaux, et sans lequel nous ne pourrions survivre. Les expériences avec les champignons hallucinatoires que décrit Aldous Huxley nous le confirment. Nous allons devoir apprendre à nouveau, face au ruissellement d’octets, à faire émerger un cosmos lisible, un ordre et un sens de ce chaos numérique. C’est précisément le rôle des artistes. Ainsi, le monde numérique, en ce stade primitif, se présente à nous comme une nouvelle et fascinante aventure. Mais l’art n’est pas celui qu’on croit. Ou, en d’autres termes, après avoir détruit l’image, les artistes vont devoir la reconstruire. Après nous avoir plongé dans la confusion chaotique du multimédia, les artistes vont devoir réinventer le système iconique des beaux-arts! Car la culture est devenue liquide et le robinet ne ferme plus. 

2012-07-21

le clapotis du web




Les flux et les reflux du web, les reflets des écrans liquides, le va et vient quotidien des messages, des images, des fichiers, qui y flottent comme des bouchons qu’on retrouve d’une fois à l’autre près de la rive, ce petit bruit régulier des alarmes, le clapotis cathodique sur les rochers du monde réel, le rythme des jours, des matins et des soirs sur l’horizon bleuté, les objets surprenants qu’on y trouve ou qui s’échouent sur la plage, les lignes de pêche qu’on y lance, assis sur un tabouret Google, en variant les hameçons et les appâts pour attirer les gros poissons, le brouhaha des autres vacanciers de la station balnéaire, tout cela a un air de vacances au bord de mer, qui me rappelle la Bretagne de mon enfance.
Le mouvement coloré des baigneurs, des voiles qui évoluent, des plus gros bateaux qui passent au lare, offre un divertissement agréable et sans fatigue, toujours le même et toujours renouvelé. Et quand le clapotis durcit avec les marées, agité par des vagues plus profondes, il fait remonter à la surface des algues ou des coquillages plus intéressants. Mais dans l’ensemble, le clapotis du web est d’une régularité apaisante. Le soir, généralement le vent tombe et la surface de l’écran devient lisse et plate comme un miroir, effaçant toute profondeur, toute trace de vie.
Au cours de ces longues heures passées quotidiennement au bord de l’eau, je me sens toujours en vacance, tantôt pêcheur, tantôt crabe, tantôt mollusque, tantôt baigneur, tantôt voyeur, tantôt surfeur, tantôt plongeur dans le bleu et l’écume de cet écran qui reflète le monde sans en laisser voir le fond.

2012-07-20

Une Atlantide liquide




Les précieux dossiers, les idées géniales, les images créatrices que nous confions au clapotis du web, ont une espérance de vie fragile. Leur vieillissement prématuré est flagrant. Le cybermonde est plein d’épaves qui flottent à la dérive sur les réseaux numériques. Et l’océan du cybermonde engloutit dans ses cimetières marins et ses gouffres abyssaux les sites web à peine nés, dont on perd déjà la mémoire. Les années se succèdent au rythme des seuls printemps. Se mêlent à ces milliards de pages Web disparues à jamais, d’autres milliards de courriels, de textos, de photos numériques, de données, d’archives, qui ne laisseront pas le moindre fossile pour la postérité dans les sédiments du web. Les arts numériques des années 1980, 1990, 2000, 2006, 7, 8 ne sont déjà plus que des fantômes d’eux-mêmes, des descriptions, des articles de revues, des vidéos, quelques photos d’écrans ou d’installations difficilement recensés et sans commune mesure avec les œuvres qu'ils évoquent. Le cybermonde est plein de continents perdus. Un nouvel Atlantide y disparaît au fur et à mesure qu’il se forme par simple renouvellement constant des vagues de 1 et de 0, sans faire plus de bruit que le clapotis de l’eau, sans même que des big crushs soient nécessaires pour hâter son effondrement liquide.
C’est un paradoxe bien étrange que ce rythme de disparition constante du cybermonde, dont l’horizon avance devant nos voiles, sans que nous puissions regarder en arrière, comme dans le mythe d'Orphée. Et s’il existe une Méduse du cybermonde, elle ne pétrifie pas les aventuriers qui regardent le passé, mais les liquéfie à jamais. Les archéologues futurs qui fouilleront les dépotoirs d'aujourd'hui en quête d’une culture glorieuse et innovatrice du passé y découvriront des couches de sédimentation informatique de plus en plus fines comme un feuilleté de plastiques et de métaux lourds comprimés, mais aucun contenu. L’archéologie du numérique s’annonce comme une tâche impossible.

2012-07-17

Es lebe e-Gutenberg und Post-McLuhanismus




McLuhan und Post-McLuhanismus technik-kritisch (Hervé Fischer)
in
Lokale Mediengeschichte(n) und Post-McLuhanismus. Zum McLuhan Kongress in Toronto 2011
by PHILOSOPHIA
Martina Leeker 
Hier ist nur ein Teil Martina Leekers' Präsentation zu lesen (der Anfang und das Resümee, dass meine kritische Analyse von McLuhans Theorie betrifft) . Der ganze Text ist mit der folgenden url zu lesen:
http://philosophy-e.com/lokale-mediengeschichte-und-post-mcluhanismus/

Mediengeschichte (n) und Post-McLuhanismus
Dieser Aufsatz entstand während meines Aufenthalts als Forschungsfellow bei Internationales Kolleg Morphomata. Genese, Dynamik und Medialität kultureller Figurationen der Universität zu Köln: http://ik-morphomata.uni-koeln.de/, das vom BMBF in der Reihe der Käte Hamburger Kollegs gefördert wird. Die Teilnahme am Torontoer Kongress wurde nur durch die finanzielle Unterstützung des Kollegs möglich, dafür herzlichen Dank. Der Aufsatz verdankt sich Diskussionen mit den Direktoren, Prof. Dr. Günter Blamberger und Prof. Dr. Dietrich Boschung, den Mitarbeiterinnen und Mitarbeitern des Kollegs sowie den Fellows 2011 – 2012.
Dem McLuhan Salon der kanadischen Botschaft zu Berlin, hier vor allem Andrea Boegner, sei für die Initiierung dieses Aufsatzes gedankt.
Baruch E. E. Gottlieb und Steffi Winkler danke ich für ihre Einladung als Gesprächspartnerin zu McLumination 2, McLuhan the Artist, the Artist in McLuhan, am 2. Oktober 2011, McLuhan Salon der Kanadischen Botschaft zu Berlin.
Medienethnografie1 und Medienökologie transatlantisch
Medien, das zeigte die internationale Konferenz then – now – next anlässlich des 100. Geburtstags von Marshall McLuhan Anfang November 2011 in Toronto2 äußerst deutlich, konstituieren sich weder allein aus technischen Bedingungen noch unabhängig von lokalen Bezügen.3 Vielmehr entstehen sie zum einen aus Gebrauchsgeschichten, die lokal und situativ gebunden sind und also von Kontext zu Kontext divergieren können. Zum anderen spielt die in unterschiedlichen Kultur- und Wissensgeschichten verankerte Medienwissenschaft selbst eine wichtige Rolle bei der Konstitution von Medien, da sie deren Geschichte und Wirkungen im Vorgang der Beschreibung erst mit erzeugt.
Durch die von der Torontoer Konferenz ausgelösten Orientierungen und Sensibilisierungen wird eine Auseinandersetzung mit Inhalten und Methoden aktueller Medienwissenschaft nahe gelegt. Dies bezieht sich insbesondere auf die Lokalität von Medientheorien sowie auf die konstitutive Rolle der Medienwissenschaft für die Erzeugung ihrer Gegenstände. Die Entwicklung einer differenzierten, orts- und situationsspezifischen Medienwissenschaft hat auch bereits begonnen. Diese Entwicklung wird dank der Initiative der Siegener Medienwissenschaft 4 und der Unterstützung der DFG5 auch in Deutschland mit vollzogen. Das Kolleg formuliert:
„Gegenstandsbereich (…) ist die vielfältige Orts- und Situationsbezogenheit von Medien. Fokussiert wird zum einen die Konstitution von Medien durch lokalisierte Prozesse des Handelns und der Interaktion, wie sie seit einigen Jahrzehnten durch verschiedene Einzeldisziplinen und interdisziplinäre Forschungstraditionen untersucht werden (…). Orts- und situationsbezogene Medienprozesse verlangen in der Gegenwartsforschung eine orts- und situationsbezogene Herangehensweise, die insbesondere durch medienethnographische Entwicklungen der teilnehmenden Beobachtung, der Situationsanalyse und der audiovisuellen Arbeit entwickelt wurde.” 6
Diese Lokalisierung reorganisiert die Aufmerksamkeit zugunsten einer Materialität der Orte:
“Demgegenüber schlägt eine ‚Locating Media/Situierte Medien’-Perspektive vor, die Grenzen dieser Enträumlichung und Entortung (…) des Medienbegriffs aufzuzeigen. Sie trägt zu einer Reterritorialisierung der Diskurse im Kontext des digitalen Medienumbruchs bei, und lenkt die Aufmerksamkeit auf die Situationen des Mediengebrauchs.“ 7
Der Kongress in Toronto zeigte in diesem Kontext, dass auch in McLuhans Erörterungen ob ihrer Genese aus der Medienethnografie der 1950er Jahre eine differenzierte und lokal-situative Medienwissenschaft angelegt ist und herausgearbeitet werden kann.8
Bezogen auf die diskursive Funktion von Medienwissenschaft ließ sich während der Konferenz ein Post-McLuhanismus ablesen, dessen Spuren in diesem Text weiter verfolgt werden sollen. Eine Renaissance und Konjunktur McLuhans zeichnete sich da ab, wo im Ringen um eine Beschreibung der medialen Existenz des Menschen auf McLuhans Konzept der Medienökologie zurückgegriffen wird. Mit dieser wird eine unauflösbare Verwobenheit des Menschen in seine technische Umwelt angenommen, wobei Vorstellungen dazu, wie diese aussieht, erheblich divergieren können. Es wird die Frage zu klären sein, ob in dieser Re-Orientierung an der Medienökologie auch solche Aspekte aus McLuhans Medientheorie tradiert werden, die durch eine kritische Revision universeller Mediengesetze und anthropozentrischer Grundhaltungen sowie der wissensgeschichtlichen Genese von McLuhans Theoremen u. a. aus einer Faszinationsgeschichte von Medien9 eigentlich abgeschafft werden sollten.
Das Resümee10 der Torontoer Konferenz wird also zum Anlass genommen, den aktuellen Stand der Medienwissenschaft ausgehend von der Auseinandersetzung mit Schaffen und Wirken von McLuhan zu ermitteln und zu reflektieren. Im Fokus steht dabei eine Reflexion der lokalen Bedingtheit von Medienkulturen, die im Kontext eines aufkommenden Post-McLuhanismus stattfindet.
Konzept der Konferenz: then – now – next
Die Konferenz war in drei inhaltliche Teile gegliedert.
(...)

McLuhan und Post-McLuhanismus technik-kritisch (Hervé Fischer)

With the Digital Age we don’t speak any more from energy, but from information, which is a different metaphor for a new interpretation and instrumentation of the world.
Hervé Fischer 114
Welche Rolle McLuhans Sicht auf den Computer für seine Medientheorie sowie für den Post-McLuhanismus spielt, zeigte der Beitrag des Soziologen, Medienwissenschaftlers und Medienkünstlers Hervé Fischer 115 auf der Torontoer Konferenz. Er ist in besonderer Weise dazu geeignet, diese Rekonstruktion durchzuführen, da er eine wissens- und technikgeschichtlich fundierte diskurskritische Analyse von McLuhans Ansichten zum Computer vornahm. Diese zeigte deutlich, dass McLuhan den Computer in seiner technischen Verfasstheit miss-/verstanden hat und statt dessen auf eine elektro-resonante mediale Umwelt fokussierte. Könnte es sein, dass diese in den zeitgenössischen Re-Orientierungen aufgenommen wird?

Zunächst gilt es, so Hervé Fischer, sehr genau zwischen dem Elektrischen und dem Numerischen zu unterscheiden:

„L’âge du feu, c’est celui de l’énergie. L’âge du numérique, c’est celui de l’information et du codage binaire. Deux interprétations physique et métaphorique, deux instrumentations du monde bien différentes. Deux cosmogonies distinctes. Ceux qui étendent les analyses de McLuhan de l’électricité au numérique créent une grande confusion.” 116

Fischer fährt fort, indem er die kulturtechnischen Potenziale von elektrischen Medien bzw. von Elektrizität und dem universellen symbolischen Code des Computers unterscheidet und spezifiziert:

“C’est pourtant ce que font la plupart des admirateurs de McLuhan. L’énergie a un pouvoir de transformation physique de la matière, que nous avons appris à maîtriser et à utiliser universellement. Le code binaire est paradoxalement beaucoup plus puissant que l’énergie, en ce sens qu’il nous donne un pouvoir d’interprétation, d’instrumentation et de modélisation de la nature, ainsi que de nos sociétés humaines.” 117

Diese Sicht auf die Konfiguration von Denken und Kommunikation, die der Binärcode mit sich bringt, erfordert eine andere Mediengeschichte, als McLuhan sie vorgelegt hat. Denn der Binärcode ist nach Fischer die Fortsetzung des Alphabets und nicht dessen Ende oder das der Gutenberg Galaxis 118, wie McLuhan annahm. Damit würde auch McLuhans Einteilung der Mediendekaden hinfällig und – vor allem – die Wirkungen elektrischer Medien werden völlig andere als die des Computers. Fischer schreibt:

“In opposition to that is commonly said, the binary code used with digital technologies does not break away from phonetic alphabet. The phonetic alphabet may count with 26 or 30 letters, depending on languages, but his invention meant already a significant rupture from the analogical nature of ideographic writing which changed our evolution. The success of the phonetic alphabet was due to its new nature: it worked as an abstract code, away from any analogical representation or limitation, and therefore with a new instrumental power of combination. The binary digital code has appeared as the simplification of the phonetic code. This reduction to two elements: 1 or 0, on or of, has granted the binary code with a new power based on the speed of electricity and the media convergence 119. The binary code presents itself as the accomplishment, the logical evolution and result of Gutenberg’s invention of mobile block letters.” 120

Schließlich findet Fischer zu einer Analyse der realpolitischen Lage, die aus seiner Sicht mit Computern und seinen Netzwerken entsteht:

„We must recognize that McLuhan was very much right. Too much. In fact a massage is a hot manipulation. And that is exactly what many media do. It allows them to promote political ideologies, publicity and therefore consummation. Many of them have hidden interests and strategies. This mass manipulation is getting very powerful and we have to resist to it.

It is not anymore possible to mention this statement of McLuhan without denouncing its perverse effect today. It was a very penetrant idea in its time, then McLuhan introduced us for the first time to such ‘understanding of the media’. I admired him a lot. But nowadays I better say that media should avoid any kind of massage and care much more for thruth, freedom and ethics. McLuhan did not speak much about media’s ethics. It has got now the main issue. Some media have this very preoccupation in their fundaments and behaviour. They avoid to depend mainly on the profits of advertising. Others not at all: they are dangerous for our democracies.” 121

Es geht mithin darum, dass man Medien und ihrer medientheoretische Erfindung diskurskritisch begegnet, um sich ihrer Massagen zu erwähren.

Fazit: Selbstreflexion, Diskursanalyse und Technikgeschichte

Computers calculate, add, combine, but they don’t think. They have to be stupid and not think to offer the results we expect from them. Without that dysfunction, they are worthless. But it is important that we do not delegate our intelligence, sensitivity, and ethics to magic spirits, no matter if they are the deified nature, God, or a computer. It is significant that we talk about the computer cloud —in the sky—, but it’s not good either to give oneself to the cloud. It is necessary to develop our lucidity, autonomy, and techno-scientific power, but always having control on them. It is a major social debate, which implies a notable difference. God is a fruit of the human imagination; the digital world is a human creation, a powerful tool that is going to help us in our evolution.
Hervé Fischer 122
Ausgehend von Hervé Fischers Analysen und Überlegungen, denen sich die Autorin und Torontoer Beobachterin auf Grund ähnlicher theoriegeschichtlicher Verortungen sehr nahe fühlt, soll abschließend bedacht werden, wie einem aufkommenden Post-McLuhanismus in den aktuellen Ansätzen der Medienethnografie und Medienökologie begegnet werden könnte.

Die Reflexionen der einzelnen Beiträge sowie deren Kontextualisierung mit Hilfe von Hervé Fischers Technik- und Wissensgeschichte des Computers, die von dessen Verkennung durch McLuhan ausging, sollten gezeigt haben, dass eine technisch inspirierte Medienwissenschaft nach wie vor wichtig ist. Dies heißt nicht, auf ein technisches Apriori von Kultur zurückzufallen, denn Technik selbst unterliegt einer wissens- und diskursgeschichtlichen Genese. Vielmehr geht es darum, mit einem technisch informierten Blick metaphorische Überschreibungen von Medien zu identifizieren, da sie technische Verfahrensweisen, wissensgeschichtliche Kontexte sowie realpolitische Zustände und soziopolitische Kontrolle wie z. B. Überwachung oder Virtualisierungen der Nutzer verdecken könnten. Das heißt, die Metaphorisierungen sind äußerst relevant, da sie als Überschreibungen, Gestaltungen und Oberflächen sowie vor allem als Verdeckungen wirksam werden. Die technische Analyse sowie deren Flankierung mit diskurs- und wissensgeschichtlichen Untersuchungen können also dazu beitragen, Metaphorisierungen zu erkennen.

McLuhans Medientheorie und der McLuhanismus der 1960er Jahre sind in dieser Sichtweise grundlegend und zu rekonstruieren, geht es um die Analyse aktueller medienkultureller Lagen. Denn mit dem McLuhanismus von Medieningenieuren, Medienwissenschaftlern und Künstlern wurde in den 1960er Jahren eine elektro-kybernetische Überschreibung der digitalen Medien erschaffen, mit der der Computer zwar zu einem interaktiven Medium werden und bis heute als solches erhalten bleiben konnte. Ausschlagend dafür könnte u. a. sein, dass der Computer elektrisch in den 1960er Jahren kontextualisiert und auf diese Weise eine Resonanz von Mensch und Technik erzeugt worden war, so dass menschlichen Akteure mit der technischen Umwelt schwingen. Diese Metaphorisierung trug also dazu bei, den Menschen in mediale Performanzen zu integrieren, indem der mit dem Umbruch zum Informationstechnologischen einhergehende selbstbezügliche und das heißt den Menschen ausgrenzende Status der symbolischen Maschine verdeckt wurde. Zugleich bedeutete die diskursive und inszenierte Kopplung der Nutzer mittels elektrischer Vorstellungswelten aber eine Anbindung an psychedelische Praxen und Diskurse 123, die einen reflexiven Umgang deutlich erschweren. Dieses elektro-kybernetische Vorbild hat unterdessen abgedankt. An seine Stelle sind die poststrukturalistisch geeichten und an Aktantennetzwerken geschulten Vorstellungen zur Medienökologie getreten. Es gilt aber auf der Grundlage des hier Skizzierten zu bedenken, dass z. B. mit den Dingontologien eine real vor sich gehende Virtualisierung der Nutzer verdeckt werden könnte. Zum anderen dürfte sich eine Faszinationsgeschichte fortsetzen, mit der Weisen von Vermittlung zwischen Mensch und Technik unter Ausnutzung faszinatorischer Blendungen ermöglicht wurden und werden.

Dieses Ergebnis gründet nicht auf der Idee, es gäbe ein unwandelbares Anthropologisches. „Mensch“ ist vielmehr ohne Frage Teil seiner technischen Umwelt, in der er sich allerdings nicht allein aus lokalem Mediengebrauch sondern auch aus dessen technischen Grundlagen und deren Metaphorisierungen sowie aus diskursiven und dispositiven Selbstbeschreibungen, wie z. B. dem Post-McLuhanismus konstituiert. Es ist wichtig, vor allem in Letztere Einblick zu erhalten, deren Genese und Wirkungen zu erkennen und sie im Übergang zu einer medienökonomischen Existenz mit entfesselten technischen Dingen und Environments diskurskritisch zu betrachten. 124

Faubion Bowers, Daniel Kunin, “The Electronics of Music”, in: Aspen Magazin Nr. 4/5, 1967, http://www.ubu.com/aspen/aspen4/electronics.html, gesehen am 22.2.2012.  ↩
Vgl. Zu einer kritischen Sicht auf die Thesen von Mark B. Hansen, die sich auf den Post-McLuhanismus übertragen ließe: Marie-Luise Angerer, Affekt und Begehren oder: was macht den Affekt so begehrenswert?, 2007,  http://www.jp.philo.at/texte/AngererM1.pdf, gesehen am 25.2.2012.  ↩
(114) Hervé Fischer, McLuhan, l’électricité et le numérique, 13. November, 2011,  http://blog.oinm.org/2011_11_01_archive.html, gesehen am 25.2.2012. ↩
Vgl.: http://www.hervefischer.net/ sowie http://www.youtube.com/watch?v=CvKokJ2kWe8, beide gesehen am 1.3.2012.  ↩
Ebda.. ↩
Ebda.. ↩
Marshall McLuhan, Die Gutenberg-Galaxis. Das Ende des Buchzeitalters, Bonn 1995. ↩
Anmerkung M. L.: Vgl. zur Unterscheidung von Geschwindigkeit im Elektrischen und Konvergenz der Medien im Universellen: Bernhard Vief, „Die Inflation der Igel − Versuch über die Medien“, in: Derrick de Kerckhove, Martina Leeker, Kerstin Schmidt (Hg.), McLuhan neu lesen. Kritische Analysen zu Medien und Kultur im 21. Jahrhundert, Bielefeld 2008, S. 213-230. Geschwindigkeit endet bei der Lichtgeschwindigkeit. Das Besondere am Binärcode, wie schon beim Alphabet ist nun aber, dass sie auf einem universellen Code basieren, der jenseits von Zeit konstituiert ist. Der Igel ist nämlich deshalb immer schneller als der Hase, weil es ihn zweimal identisch gibt. Oder anders: Codesysteme zeichnen sich gegenüber der elektrischen Übertragung von Signalen dadurch aus, dass sie zeitunabhängig, da räumlich organisiert sind und Zeit reversibel machen und damit Prozesse modifizierbar. Vgl. dazu auch: Hartmut Winkler, Viefs Hase. Medien, Verräumlichung und Reversibilität, Vortrag auf der Tagung: „Media Theory on the Move“, Potsdam, 21. – 24. Mai 2009, unter: http://homepages.uni-paderborn.de/winkler/hase_d.pdf, gesehen am 1.3.2012. ↩
Hervé Fischer, e-Gutenberg’s triumph, 8. November 2011, http://blog.oinm.org/2011_11_01_archive.html, gesehen am 25.2.2012. ↩
Hervé Fischer, Against McLuhan’s idea of the medium as massage, 12. November 2011, http://blog.oinm.org/2011_11_01_archive.html, gesehen am 25.2.2012.  ↩
Horacio Bilbao. Interview mit Hervé Fischer, We Have to Denounce Facebook’s Cynicism and Its Users’ Ingenuity, 16. August 2011, http://www.cubanow.cult.cu/pages/print.php?item=9870, gesehen am 1.3.2012 ↩
Vgl. für die Rekonstruktion des McLuhanismus aus okkulten Kontexten um 1900: Martina Leeker, Camouflagen des Computers, a.a.O., 2008.  ↩
Vgl. zur Lage des Subjektes im Diskurs entfesselter technischer Dinge: Alexander Firyn, Wolfgang Klüppel, Martina Leeker, Joachim Schlömer – mit Festspielhaus St. Pölten (Hg.), Entfesselte technische Objekte. Mensch – Kunst – Technik 2010, Onlinepublikation, http://entfesselt.kaleidoskopien.de/, 2011, gesehen am 1.2.2012.  ↩

La nouvelle Cyber



Nous embarquons tous pour cette nouvelle Cyber mythique. Autochtones et immigrants y cohabitent sereinement, mais sans s’y croiser. Les immigrants envoient encore des courriels traditionnels à leurs familles. Les jeunes surfent fébrilement sur les plateformes des médias sociaux et chattent sur leurs écrans de cellulaires; ils s’agitent sur Twitter, Youtube, Facebook, Google + et autres. Ils téléchargent de la musique et des films et suivent les nouvelles de leurs tribus. Ils remuent frénétiquement les consoles des jeux. Ils font des photos et des vidéos avec leurs portables et les envoient tous azimuts. L’ancienne génération navigue sur Google plus calmement; elle y cherche ses destinations de vacances et réserve des gites chez l’habitant. Elle y consulte la météo, les infos médicales, les soins pour les chats et les chiens. Elle y gère ses comptes de banques et autres utilités qui demandent de l’attention. Elle magazine dans les boutiques virtuelles et hésite entre une liseuse et une tablette électroniques. Progressivement, les diverses générations d’internautes établissent leurs quartiers respectifs, dans la fébrilité du centre ville, dans les agglomérations de banlieue, ou au contact de la nature en campagne, avec une totale insouciance de la rapidité du temps numérique qui les illumine et les efface sur les écrans à un rythme impitoyable, comme les lucioles sur une lampe. On voit passer dans le ciel étoilé des multitudes d’oiseaux bleus, puis les lumières de Tokyo-Ginza. Il y a déjà plusieurs planètes dans le cybermonde, les plus anciennes et les cyberpunks. Sur Ginza, la différence s'estompe entre le réel et le virtuel. Le numérique s'impose à nos sens, et ce sont les parcs et les temples qui semblent devenir irréels.

2012-07-11

L'immersion numérique liquide



Nous retrouvons cette même métaphore aquatique et maritime, que j'ai souvent évoquée, dans le désir fondamental d’immersion des constructions en 3D, des salles de cinéma IMAX 3D interactif, ou des satosphères.  L’obsession, qui était déjà évidente depuis longtemps dans les images stéréoscopique, est encore plus complète et achevée dans les installations artistiques avec casques-écrans d’immersion et gants de préhension virtuelle, ou dans les espaces immersifs CAVE (Cave Automatic Virtual Environment, dispositif inventé en 1991 par Dan Sandin à l’Electronic Visualization Laboratory (EVL) de Chicago). Ces techniques, développées pour des usages militaires et industriels, et même de chirurgie robotique à distance, ont été reprises par des artistes tels que Jeffrey Shaw (The legible city, réalisé avec Dirk Groeneveld,1989), Matt Mullican (Five to One, 1991), Petra Gemeinboeck (Uzume, en collaboration avec Roland Blach du Fraunhofer Institut, 2000), Char Davies (Osmose, 1995) et Maurice  Benayoun ( de nombreuses installations immersives, préfigurant World Skin, produit pour Ars Electronica avec me musicien Jean-Baptiste Barrière, 1997). Le spectateur appareillé, comme avec un scaphandre de plongée,  devient un plongeur dans les profondeurs d’un espace virtuel où il a l’illusion de se déplacer librement et de toucher ou de saisir des objets eux-mêmes immergés. Il est donc non seulement visiteur, mais en interaction avec ce monde virtuel liquide. En bougeant, ou seulement en tournant la tête, il éprouve des sensations de « plongée » ou de « contre-plongée ». L’expérience devient quasi corporelle et imite les repères habituels du monde matériel. C’est sans doute Char Davies qui a repris le plus systématiquement les sensations d’une expérience de plongée sous-marine, limitée, par exemple, à quinze minutes, et évoquant les perceptions d’équilibre, de respiration du plongeur, voire d’ivresse des profondeurs, dans ce qu’elle appelle significativement une « immersence ». C’est d’ailleurs par une forte respiration du plongeur qu’elle fait passer celui-ci d’un environnement à un autre (de la profondeur d’un arbre, de la pénétration dans une forêt, dans une feuille, dans une mare, jusqu’à l’irréalité d’une « zone abyssale »). La plupart de ces espaces immersifs liquides donnent lieu non seulement à des perceptions spécifiques, mais aussi à des scénarios narratifs détaillés conçus par les artistes et qui contribuent à préciser les sensations de plongée.
La notion d’immersion liquide que j’évoque ici est explicite dans les nombreux textes des artistes eux-mêmes et de leurs commentateurs, notamment universitaires, dont je me suis inspiré dans ces descriptions. On les retrouvera aussi dans le livre collectif publié sous la direction de Michael Benedikt  Cyberspace First Steps (MIT Press, 1991). Outre les textes de  William Gibson, de Michael Benedikt et de Carl Tollander, je citerai ici les titres hautement significatifs des articles de  Michael Hein, The erotic ontology of Cyberspace, et de Marcos Novak, Liquid architectures in cyberspace.
Nous avons cité des expériences extrêmes et qui demeurent exceptionnelles dans les arts numériques. Mais c’est la même métaphore d’immersion que nous proposent, à des degrés moindres, ou même ordinaires, les innombrables logiciels de création en 3D incroyablement puissants et sophistiqués qui sont aujourd’hui disponibles pour la simulation industrielle et scientifique ou pour les jeux vidéo. Le simulacre numérique est un espace de plongée qui vise la perfection d’une fluidité lisse et totalement immersive comme celle d’un espace liquide, sans discontinuité. Nous y sommes au-delà des trois dimensions orthogonales, dans un espace courbe et euphorisé, comme si nous étions en apesanteur. Nous y découvrons un monde aussi déréalisé et immunopolitique que le monde sous-marin tel que nous le célébrons, ou aussi innocent que l’utérus maternel pour le fœtus. Rares sont les artistes qui y introduisent, comme Maurice Benayoun, des dimensions critiques rappelant à la conscience du plongeur notre monde réel de violence.

2012-07-07

Le numérique est un oxydant social


Comme l’eau, le numérique est un oxydant. Un oxydant est un atome, une molécule, ou un ion capable de capter un ou plusieurs électrons d’un corps en fixant de l’oxygène sur lui. N’est-ce pas exactement ce que font les liens numériques, ceux de la navigation sur le web comme ceux des réseaux sociaux ? Un membre de Facebook peut même capter des centaines d’électrons-amis.
Le numérique agit sur la surface sociale comme un liquide oxydant qui la pénètre en fixant sur nous des hyperliens. L’oxydation numérique, comme l’eau se répand partout, elle dissout les structures rigides et fait circuler les atomes sociaux. Diluant la structure atomique et moléculaire de la société, elle la rend plus malléable et la vivifie.  En l’imprégnant numériquement, elle la transforme. Au-delà de la métaphore du liquide, nous usons donc aussi de celle de l’action chimique. La société a pu être interprétée au fil du temps selon de multiples métaphores successives, comme un organisme, comme un mécanisme physique pris sous la tension de forces contradictoires, comme un agrégat moléculaire ou atomique, etc. On parle aussi beaucoup de contamination virale. En recourant à l’image de l’oxydation, en évoquant une réaction chimique je souhaite souligner que malgré son apparente douceur, la numérique agit  en profondeur sur le tissu social. Un oxydant ne semble pas agressif, du moins au début ; mais lorsqu’il entame une surface, il ne la quitte plus. Il la mord et lui impose une mutation irréversible.
Et c’est important, car en biologie aussi, nous savons qu’il n’y a pas de vie sans oxydation moléculaire. Pas de respiration, pas de digestion sans oxydation. La métaphore est pertinente" Mais l’oxydation implique aussi des effets destructeurs de vieillissement, que ce soit de la matière ou de la vie. Nous avons appris à faire appel à des antioxydants. Que pouvons-nous imaginer quant à la société numérisée ? Nous ne saurions en envisager les bienfaits tout en ignorant ses effets négatifs. Pas de création, pas d’évolution, pas de divergence sans destruction. Pas de vie sans la mort. C’est la vie ! Et pas de technologies numériques sans accélération du changement. 
Nous avons donc aussi un immense besoin d’antioxydants capables de limiter les effets pervers du numérique, ses abus, ses utopies naïves, ses pathologies, telles que la dépendance, la cybersurveillance maligne, le non respect de la vie privée, la déréalisation. L'intégrisme numérique peut devenir aussi toxique que les fondamentalismes religieux, fasciste, communiste ou économique.  


2012-07-05

L'or bleu cathodique



Notre époque renoue avec le temps des grands navigateurs. Mais ce n’est plus la rotondité de la Terre que nous voulons prouver, ni les chemins maritimes de l’Inde que nous espérons découvrir, ni même un Nouveau monde américain que nous voulons conquérir, c’est le cybermonde, cet archipel de continents virtuels qui nous promettent un nouvel Eldorado dans une galaxie où nous trouverons en abondance l'or bleu cathodique.

2012-07-04

le silex intelligent

   

                                                                Tweet Art, 2012

Après l’Âge du feu, voici venir l’Âge du numérique, dont l’émergence, la nouveauté radicale, puis l’accélération stupéfiante ont été un choc. Médias, technoscience, écologie, biologie, structures sociales, politique, économie,  éducation, médecine, culture : rien n’y échappe, tant à l’échelle mondiale que dans le détail de nos vies individuelles. Avec le tournant du millénaire, le monde réel a basculé dans le virtuel. L’économie imaginaire a entraîné l’économie réelle avec elle dans une crise mondiale dévastatrice. La bioinformatique déchiffre et manipule audacieusement nos gênes. L’astrophysique n’affiche plus sur nos écrans que des fichiers numériques. La mécanique quantique et les nanotechnologies sont devenues fabulatoires. Nous pensons avoir démontré l'existence de le la "particule de Dieu" comme on a appelé avec humeur le bozon de Higgs. Les nouvelles générations s’évadent dans les médias sociaux avec le sentiment d’y accéder à une existence plus réelle que ce qu’on appelle encore la réalité. 
Cette opposition entre le monde d’ici-bas que nous dévalorisons et celui d’en haut que nous survalorisons a une histoire, on pourrait dire des hauts et des bas alternatifs. Le monde animiste, qu’on a appelé « primitif » était d’une seule pièce. Les hommes faisaient partie de la nature dont ils célébraient les esprits. Cette unité a été déchirée par Platon, qui nous voyait ici-bas dans la pénombre d’une caverne, enchaînés par des simulacres et des ombres trompeuses, sans pouvoir nous retourner vers la pure lumière de la vraie réalité qui resplendissait dans le ciel des idées, et que seul le sage voyait. Le christianisme a renforcé cette opposition, qualifiant de vallée des douleurs et de péché la terre d’ici-bas et glorifiant la lumière pure de Dieu. Nous avons tourné les yeux vers le ciel pour l'adorer. 
Puis, cette curieuse topologie a été inversée par les hommes de la Renaissance qui ont substitué la trilogie de l’humanisme, du rationalisme et du réalisme d’ici-bas à celle du Dieu du ciel incarnant le vrai, le bien et le beau.  Revalorisant la vie terrestre et contestant la théologie idéaliste de l’Église, on a dénoncé de plus en plus l’obscurantisme du Moyen-âge. La science expérimentale d'observation nous libérés de la superstition et s’est affairée à représenter et explorer la réalité matérielle d’ici-bas. Darwin a affirmé que nous n'étions que des animaux descendus des arbres.
Mais après avoir bâti pendant cinq siècles, un réalisme qui semblait répondre à nos exigences rationnelles et humanistes, c’est la science elle-même qui a décrédibilisé ce  réalisme si difficilement conquis. Elle n’y croit plus. Elle a abandonné l’observation matérielle et l’instrumentation optique, et opté pour la modélisation numérique. Elle s’est rapprochée de l’imaginaire de la science fiction et explore des hypothèses de plus en plus idéelles. Elle s’est dématérialisée et flirte avec les chimères. Avec l’émergence de l’âge du numérique, notre cosmogonie s’inverse donc encore une fois. Nous revenons à  une sorte d’idéalisme platonicien. Nous dévalorisons  à nouveau la réalité d’ici-bas, ce monde trivial de nos sens, pauvre en informations, qui n’intéresse plus la science, tournée désormais vers l’exploration des complexités invisibles dont elle échafaude les programmes informatiques. Nous le dévalorisons aussi parce qu’il nous résiste et nous frustre dans nos désirs, en comparaison de l’ailleurs numérique des réseaux sociaux où nous avons le sentiment d’accéder à une existence plus gratifiante et donc plus réelle. 
Nos sociétés humaines actuelles ont délaissé la métaphore de l’énergie et adopté celle de l’information. Notre science n’interprète plus l’univers avec des concepts thermodynamiques de chaleur et d’énergie, mais avec le code binaire des algorithmes que nous programmons. Le silex taillé de l'âge du feu est devenu un silex intelligent, qui nous connecte avec l'ailleurs.


2012-07-02

le mirage numérique




Le numérique? Le numérisme en 2D, en 3D! En IMAX,? Interactif! Immersif! Mais ne serait-ce pas un nouveau mirage ? Et pourquoi croyons-nous tant à sa réalité ?  La nouveauté est-elle une panacée universelle? Je trouve plus d'analyses pertinentes et approfondies dans les "vieux" journaux et magazines que sur l'internet, qui mise davantage sur l'événementiel spectaculaire. Je passe quotidiennement autant d’heures le nez dans des livres que sur mon écran. Car pour prendre le temps de réfléchir, de comprendre, il ne suffit pas de se faire remplir comme un vase au robinet numérique qui coule à flots de capsules de tout, y compris d’information, de citations et d’images. Certes, je ne circule plus en ville à cheval, je n’écris avec une machine à écrire ; mais deviendrai-il désuet aussi de lire un livre, une revue spécialisée, de regarder un tableau, ou même de méditer silencieusement devant l’immobilité de la nature ? Faut-il consentir à se laisser hypnotiser par l’agitation vibrionnante du numérique ? Cet effet de mirage du numérique n’est pas sans vertus évidentes. Mais pourquoi nous piège-t-il comme une drogue ? Pourquoi crée-t-il chez chacun de nous une telle dépendance ? Pourquoi lui accorder un tel monopole ? Pourquoi en faire un parti pris si exclusif qui transforme sa puissance en défaut – un mot qu’il faut lire à la lettre – je veux dire : un manque d’attention envers la rtéalité, une consommation de divertissement par rapport aux questions qui exigent un effort de concentration ?  Qui a dit qu’il faut penser vite pour penser bien ? C’est Bill Gates, un vendeur de logiciels.
Certes, les nouveaux médias sont imbattables pour la vitesse et pour les «utilités», mais la lenteur des vieux médias, la lenteur de l’esprit demeurent absolument nécessaires. J’ai besoin d’eux autant que des nouveaux.
Le numérique est une technologie prodigieuse, mais il ne faut pas en faire une religion! Et c’est pourtant ce que nous faisons de plus en plus. Pourquoi ? L’efficacité ne suffit pas à l’expliquer. Nous croyons au numérique comme à une nouvelle promesse, comme à un nouveau mythe salvateur. Et c’est cet imaginaire qu’exalte  le numérique que nous devons tenter de déchiffrer. Non seulement pour en comprendre le succès, mais aussi pour nous comprendre nous-mêmes. Car le mirage du numérique est un révélateur étonnant de nous-mêmes. 

2012-07-01

Le paradoxe du code binaire




Le paradoxe, c'est que cette technologie numérique que nous avons inventée et que nous développons tous les jours selon un rythme effréné n'est plus une technologie comme les précédentes. Elle n’est basée que sur un code binaire trivial – 1/0, et pourtant elle implique aussi une révolution cérébrale, une mutation éthique de l'être humain, afin que nous soyons capables d'assumer raisonnablement notre nouveau pouvoir exorbitant sans nous détruire nous-mêmes et avec nous la planète. Cette technologie numérique exige une responsabilité numérique, celle de l'hyperhumanisme. Pour que l'anthropocène numérique ne soit pas la dernière période de notre évolution terrestre, il va falloir que notre cerveau se transforme. La technologie nous oblige à instaurer une éthique à proprement parler planétaire.
Serons-nous capables d’évoluer dans ce sens ? Par quelle mutation de notre cerveau reptilien y parviendrons-nous ? L’« intelligence connective » que développe le numérique au niveau planétaire y contribuera certainement : plus d’information, en temps réel, crée plus de conscience, plus d’exigence, plus de sens de nos responsabilités. Mais la dysfonction actuelle évidente entre notre cerveau et notre pouvoir instrumental de création et de destruction constitue le grand défi de l’Âge du numérique. Et il faudra que cette conscience grandissante ait le pouvoir de changer nos connections neuronales.  Il faudra que nos idées modifient notre propre physiologie humaine. Ce ne sera pas la première fois, certes, à en juger par la rapidité et la divergence de l’évolution de notre espèce en comparaison des autres. Et nous savons aujourd’hui que contrairement à ce que nous avons longtemps cru, les cellules neuronales continuent à se renouveler pendant toute notre vie. Nous avons découvert que le cerveau est étonnamment plastique, et que ses cellules sont beaucoup plus polyvalentes que ce qu’on affirmait. Elles peuvent s’adapter et prendre la relève des fonctions d’autres cellules détruites par un accident. Bref, le cerveau est capable d’évoluer rapidement.
Dès le moment où l’homme est descendu, non pas du ciel, comme on a cru si longtemps, mais des arbres comme l’a affirmé Darwin, et a adopté une posture verticale pour se déplacer, à la différence des autres primates, il a réorienté son évolution en développant des capacités cérébrales très supérieures à  celles qu’on observe chez les autres animaux. Et cette divergence se traduit par des mutations mentales, psychologiques, sociales qui s’inscrivent biologiquement dans le corps (colonne vertébrale, cerveau conceptuel, habileté manuelle, etc.). Irons-nous jusqu’à parler alors de transformations génétiques ? Oui : l’évolution de notre corps actuel le confirme. Mais à la différence de Darwin, nous ne l’attribuons pas à une sélection naturelle opportuniste, qui élimine les désadaptés et assure la survie de ceux qui ont des écarts génétiques accidentels devenus utiles. Il s’agit de mutations génétiques résultant de projets humains, d’imaginations alternatives, de conceptualisations de l’avenir, bref d’une conscience et d’une volonté proactive d’évolution.